Deuxième édition

Synthèse des Entretiens de Royaumont à Varsovie 2014

De remarquables personnalités invitées dans le cadre des IIèmes Entretiens de Royaumont à Varsovie, organisés le 15 novembre 2014 par la Chambre de Commerce et d’Industrie France Pologne, ont essayé de répondre à cette question. Plus de 300 personnes sont venues au Château Royal de Varsovie afin d’écouter les débats sur les enjeux économiques, politiques, sociaux et culturels liés au numérique. Parmi les intervenants de cette conférence franco-polonaise, François Fillon, l’ancien Premier Ministre de la France, Jacques Attali, économiste et auteur, Andrzej Halicki, le Ministre du Numérique polonais et Michał Boni, eurodéputé, ont été présents.

L’ouverture des IIèmes Entretiens de Royaumont à Varsovie a été marquée par le discours de Jérôme Chartier, un député français et l’initiateur de la conférence Entretiens de Royaumont, ainsi que de sa déclinaison polonaise. Il a remarqué que la domination des États Unis dans le domaine du numérique ne devrait pas être perçue comme une menace, mais plutôt comme un défi. Nous devons bien sûr veiller sur nos valeurs européennes, mais elles ne devraient surtout pas nous limiter. L’Europe doit rattraper la course et regagner sa souveraineté dans le domaine du numérique au travers de la recherche et du développement, ainsi que de l’innovation. Arnaud Vaissié, Président des Chambres de Commerce et d’Industrie Françaises à l’International, a affirmé que l’Europe pourrait rattraper le retard en se basant sur le développement des domaines suivants : e-éducation, e-administration, e-business, e-infrastructure, puisque ce sont les outils qui permettront la création des milliers d’emplois.

La coopération en tant que socle de la révolution numérique

1 MATINEE 13Jacques Attali, économiste, auteur et conseiller de François Mitterrand, dans le dialogue avec Michał Boni, a remarqué que dans le monde actuel rien ne pouvait fonctionner ni avancer sans le numérique. De plus, le développement numérique ne concerne pas uniquement l’Internet, mais également d’autres domaines, tels que : biotechnologie, IT, nanotechnologie. Il est donc important de savoir identifier pertinemment les besoins des individus, comme l’ont fait les géants américains du numérique. Michał Boni, eurodéputé et ancien Ministre du Numérique polonais, a souligné que la coopération était la base de la révolution numérique. Il a remarqué que la menace de la marginalisation de l’Europe dans le domaine du numérique avait sa source dans deux aspects: l’absence des compétences technologiques dans le secteur de l’éducation et la réticence envers le numérique de la part de la génération plus âgée.

Le rôle de l’Etat dans le processus de digitalisation – interventionnisme ou libéralisme ?

Pendant le Grand Débat sur les enjeux du numérique pour les nations, Viviane Chaine-Ribeiro, Présidente de Talentia Software et de la Fédération Syntec, a remarqué que la loi actuelle ne réussissait pas à suivre le progrès et que les géants du numérique détenaient désormais plus de pouvoir que certains États. Ce sont les hommes politiques qui devraient déterminer un plan d’action et adapter la loi afin qu’elle se concentre sur la protection de l’individu. Philippe-Olivier Rousseau, Directeur des Affaires Publiques France chez BNP Paribas, a souligné que l’intervention de l’État était indispensable dans le domaine de la protection des données personnelles et de la règlementation juridique, Les initiatives publiques devraient être néanmoins bien réfléchies et soutenir entrepreneuriat. Gervais Pellissier, Directeur Général Délégué du Groupe Orange responsable des opérations en Europe, disait que l’intervention de l’État ayant pour l’objectif d’assurer la compétitivité du marché devrait être équilibrée. Les hommes politiques devraient commencer à avoir une vision plus éthique et plus philosophique et non seulement économique et purement politique.

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L’une des tables rondes de l’après-midi concernait la question de la fiscalité du numérique. Marc Tessier, membre du Conseil National du Numérique, tout comme Arthur Waller, co-fondateur du start-up Price Match, soulignaient tous les deux qu’il fallait agir au niveau international, car les règlementations nationales ne sont pas suffisantes. C’est d’après eux le seul moyen d’adapter le système fiscal à la réalité du numérique qui évolue en permanence. L’économiste Pascal Perri a quant à lui remarqué que tout était fluide dans l’économie du numérique et que les modèles traditionnels devenaient aujourd’hui complètement obsolètes. Le système fiscal devrait être adapté à la société du XXIème siècle et suivre le progrès technologique, pour être attrayant et non pas décourageant pour les investisseurs.

Nouveaux modèles d’entreprise

4 P PRO 1Les panélistes des Entretiens de Royaumont à Varsovie ont également discuté du rôle des entreprises et des changements qui pourront complètement transformer le modèle actuel de la relation producteur-consommateur. Lors du débat sur l’avènement du prosommateur et de son impact sur les processus économiques actuels, Frédéric Fréry, professeur de l’ESCP Europe, se demandait quel pourrait être l’avenir du capitalisme et des entreprises. D’après lui, le capitalisme ne disparaitra jamais, car pour tous les biens que nous consommons et que nous échangeons, nous obtenons une récompense financière. C’est notamment l’existence des entreprises en tant que telles qui est menacée. Probablement, dans un avenir proche, nous pourrons acheter tous les services on-line et les entreprises classiques perdront ainsi leur raison d’être. Małgorzata Molęda-Zdziech, docteur habilitée de l’Institut des Etudes Internationales de SGH (Ecole de Commerce de Varsovie) a rajouté que l’économie actuelle avait un caractère créatif et non seulement industriel comme avant. Nous sommes donc confrontés aujourd’hui à un autre type d’individu – ce n’est plus l’homme industriel, mais l’homme créateur qui est au centre de tout.

L’Europe peut-elle encore devenir le leader de l’innovation ?

Le Débat de Conclusion des Entretiens de Royaumont de Varsovie était concentré sur7 DC 3 les différentes perspectives pour l’Europe. Les intervenants se demandaient si le vieux continent disposait d’un potentiel et des moyens suffisants pour pouvoir devenir « une terre promise » de l’industrie numérique. Andrzej Halicki, Ministre de l’Administration et du Numérique soulignait que nous avions manqué le moment où l’Asie et l’Amérique du Nord nous ont complétement dépassés. Si l’Europe va développer une pensée créative dans le contexte de son avenir, elle pourra sans doute rattraper ce retard. Tariq Krim de la société Jolicloud, a mis en avant les risques liés aux nouvelles technologies pour la société. D’après lui, le numérique ne crée pas de nouveaux emplois, par contre en détruit une multitude, car les individus peuvent être de plus en plus souvent remplacés par les machines. Benoit Thieulin, Président du Conseil National du Numérique, a exprimé un point de vue plus optimiste sur l’avenir de l’Europe. Il trouvait que l’infrastructure qui est très bien développée, ainsi que les citoyens qui ont des connaissances et des usages très pointus des nouvelles technologies, constituent de grandes opportunités pour le vieux continent. Malheureusement, les institutions publiques constituent le maillon faible. Nous ne pouvons pas rester en retrait. Même si nous avons sans aucun doute manqué la première vague du numérique, il y a toujours devant nous de nouvelles opportunités. Jakub Turowski, Head of Public Policy chez Facebook Pologne, a rajouté que le cadre juridique devrait être adapté à la réalité actuelle et surtout, être cohérent dans toute l’UE. Il soulignait également le fait que les institutions financières devraient être plus souples et plus ouvertes, alors qu’aujourd’hui elles restent toujours très conservatrices envers les projets innovateurs.

François Fillon a beaucoup d’espoir pour l’Europe

8 FIN 5La conclusion des Entretiens de Royaumont à Varsovie a été marquée par le discours de François Fillon, qui était le Premier Ministre de la France dans les années 2007 – 2012. Il soulignait que le numérique transformait la notion de l’économie sociale, et influençait les relations entre les différents pays. On ne peut pas dire que l’Europe a manqué le mouvement du numérique. Néanmoins, il est clair qu’elle n’est pas au premier rang. Nous devons donc nous mobiliser pour un développement dynamique d’un nouveau numérique souverain, auquel l’Europe devrait donner du sens. François Fillon a insisté sur le fait qu’il ne fallait pas avoir peur du progrès, car il est la clé de notre avenir.

C’était la deuxième édition des Entretiens de Royaumont à Varsovie. L’objectif de cette conférence était, une fois de plus, de créer une plateforme d’échange d’idées et de permettre un dialogue ouvert de très haut niveau, entre la France et la Pologne. Plus de 300 personnes issues de différents milieux franco-polonais ont participé à cette édition 2014. Les Entretiens de Royaumont à Varsovie sont inspirés par la conférence française Entretiens de Royaumont, qui constitue depuis plus de 10 ans l’un des évènements politico-intellectuel majeurs en France. En septembre 2014, les Entretiens de Royaumont ont également eu lieu à Madrid.

Les partenaires officiels des Entretiens de Royaumont à Varsovie : Les Entretiens de Royaumont, L’Ambassade de France en Pologne, Le Sénat polonais, Le Sénat francais.

Les partenaires: Payback, CCI France – International, Orange, Sofitel Warsaw Victoria, Facebook, BPI Polska, Carrefour, Doradcy Handlu Zagranicznego Francji, Pernod Ricard Polska, Auchan, BNP Paribas, Calan, Saur Polska, Saur Neptun Gdańsk, Guest Control, L’association France-Pologne, Cardif, Edenred, Renault.

Les partenaires médiatiques : Rzeczpospolita, Polityka Insight, TVP Warszawa, LePetitJournal.com/Varsovie.

Les partenaires institutionnels: Conseil National du Numérique, French Tech, Centre de Civilisation Française et d’Études Francophones de l’Université de Varsovie, Institut Français en Pologne.

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