Les conclusions majeures des Entretiens de Varsovie 2015

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Transition énergétique, amélioration du mix énergétique, éducation et rôle des solutions énergiquement efficaces pour la protection de l’environnement : tels étaient les principaux sujets abordés pendant la IIIème édition des Entretiens de Varsovie. Plus de 350 personnes représentant le milieu franco-polonais de la politique, des affaires et de la science se sont rencontrées le 21 novembre dernier au Château Royal de Varsovie pour discuter du green, des solutions innovantes, des comportements pro-écologiques des consommateurs, ainsi que des changements s’opérant dans le secteur énergétique et de leur impact sur la qualité de vie de tous les gens. Les participants des débats organisés par la Chambre de Commerce et d’Industrie France Pologne réfléchissaient aussi sur les démarches que la communauté mondiale pourrait mettre en place afin de lutter contre le terrorisme, et sur les enjeux générés par un afflux croissant de migrants du Proche Orient et de l’Afrique, cherchant à s’installer en Europe.

Tous les quatre débats organisés cette année dans le cadre des Entretiens de Varsovie furent dominés par la question des sources d’énergie alternatives au charbon, la combustion du charbon étant reconnue comme une des causes majeures des émissions des gaz à effet de serre et du réchauffement climatique. Remplacer le charbon, ressource principale et largement utilisée dans de nombreux pays, y compris en Pologne, est un enjeu global sur lequel se concentre la conférence climatique COP21 de l’ONU, se tenant à Paris. La Conférence est censée aboutir à un nouvel accord décisif sur le climat, fixant des engagements pour près de 200 pays dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Cette année, les Entretiens de Varsovie ont regroupé 350 personnes représentant les entreprises françaises et polonaises, les milieux politiques et la science, réunies pour répondre à la question : « Etes-vous green ? ». Des représentants de gouvernements, des parlementaires, des PDG des plus gros investisseurs français et polonais, pas seulement de la filière énergétique, discutaient des enjeux majeurs auxquels doit répondre le secteur énergétique, ainsi que de différentes démarches susceptibles d’optimiser l’utilisation des ressources et d’inciter un développement des ressources renouvelables.

Des succès climatiques et des défis pour le futur

Mateusz Morawiecki, vice premier ministre au nouveau gouvernement, a rappelé dans son intervention qu’en réalisant les engagements imposés par le protocole de Kioto, la Pologne avait déjà réduit ses émissions de CO2 de 30% contre 6% prévus initialement. Il a souligné aussi que, contrairement à de nombreux pays de l’Europe Occidentale, la Pologne est largement boisée, environ 30% de son territoire étant couverts par des forêts qui absorbent le dioxyde de carbone. Les intervenants étaient nombreux à dire que les exigences environnementales augmentaient constamment et qu’elles continueraient à augmenter parce que les changements climatiques sont devenus le plus grand défi auquel est confrontée l’humanité toute entière. Le Conseil Européen a obligé récemment tous les pays européens de réduire leurs émissions de 40% d’ici 2030 par rapport à 1990. Il sera nécessaire d’intensifier les efforts au niveau national et global pour atteindre cet objectif. Le vice premier ministre polonais a parlé de similitudes entre la Pologne et la France dans le domaine des défis énergétiques. Les deux pays produisent une très grande partie de leur énergie à partir d’une seule ressource : l’atome (France) et le charbon (Pologne). C’est pourquoi, en cherchant une efficacité énergétique accrue, il faut pourtant respecter le principe selon lequel le mix énergétique réel doit dépendre du contexte local.

La transition énergétique fut le sujet du grand débat des Entretiens concentré sur la question d’un mix énergétique optimal pour la Pologne. Thierry Doucerain, PDG de la société EDF Pologne, a souligné l’intérêt de la cogénération qui fait considérablement accroître l’efficacité de la production énergétique. Parmi les solutions alternatives proposées il faut citer les technologies de gaz se caractérisant par des émissions réduites, la combustion de la biomasse, et des solutions modernes dans le domaine de l’énergie nucléaire dont les entreprises françaises Areva et EDF sont les leaders incontestables. Un accent était mis sur les énergies renouvelables, notamment les parcs éoliens qui se développent de façon très dynamique grâce à différentes solutions légales garantissant des perspectives et une rentabilité environnementale et financière à long terme.

« Oui » pour une évolution, « Non » pour une révolution

L’énergie joue un rôle crucial dans les autres secteurs de l’économie, elle doit donc être disponible à chaque fois qu’elle est nécessaire. Les participants du débat sur la transition énergétique ont constaté que les défaillances d’approvisionnement en énergie qui avaient eu lieu en Pologne l’été dernier avaient démontré clairement à quel point il était important d’assurer une stabilité de production, mais surtout celle du réseau de transport.

Marek Woszczyk, Président de PGE, a remarqué que les directions de développement du secteur énergétique dépendaient de l’avancée technologique plutôt que de la politique climatique. C’est grâce aux progrès qui se réalisent que les entreprises commencent à voir dans les nouvelles technologies et les innovations — si récemment considérées comme financièrement risquées — une opportunité pour obtenir un double avantage : climatique et économique. La transition, nécessaire et incontournable, doit pourtant être basée sur le bons sens et prendre en considération les coûts qui sont échelonnés sur des dizaines d’années. Telle était l’une des conclusions des débats. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de réaliser la transition de façon évolutive pour éviter les erreurs typiques pour les révolutions. La Pologne qui dépend de moins en moins du charbon (83% actuellement contre 95% il y a quelques années) peut être citée comme un exemple positif de cette tendance. Les participants ont souligné le caractère spécifique de la Pologne dont la situation économique locale l’oppose aux autres pays européens, étant donné que le charbon y joue et continuera à jouer un rôle clé, même si son importance sera en baisse d’une année à l’autre.

Les énergies renouvelables : un avenir inévitable et un grand potentiel de modernisation thermique
Dans ce contexte, les énergies renouvelables étaient recommandées comme des solutions alternatives par rapport au charbon. Comme l’a dit Eric Scotto, président de Akuo Energy, la Pologne avait de la chance parce qu’elle ne s’était lancée dans les énergies renouvelables qu’au moment où celles-ci étaient devenues rentables. Il a rappelé le grand risque historique que courrait l’Allemagne lorsqu’elle avait engagé son courage et son potentiel financier pour développer le secteur éolien si coûteux à l’époque, aujourd’hui dix fois moins cher. Ces dernières années, cette même évolution s’est produite dans les technologies photovoltaïques qui coûtent maintenant beaucoup moins cher et qui connaîtront sûrement un développement dynamique. Selon les présidents de EDF Pologne et de PGE, le périmètre d’application des solutions innovantes, telles que la photovoltaïque, dépend de la rentabilité et du système d’incitations pour les investisseurs. Les participants au débat étaient d’accord pour dire que des solutions reconnues et financièrement accessibles, telles que énergies renouvelables ou cogénération, permettraient de poursuivre les réductions des émissions de CO2 à une grande envergure.

Parmi les facteurs clé du succès des entreprises cherchant à réduire l’impact des industries sur l’environnement il faut citer la mise en place de systèmes intelligents de comptage, la normalisation du prix d’émission des pollutions au niveau global, et la poursuite de la coopération entre les gouvernements et les entreprises cherchant de nouvelles solutions, encore plus performantes. Pierre-André de Chalendar, Président de Saint-Gobain, incitait à examiner les possibilités d’augmenter l’efficacité énergétique. Il trouve que ce sont des investissements dans les solutions énergétiquement efficaces plutôt que la diversification du mix énergétique qui peuvent faire réduire, en peu de temps, les émissions des gaz. Étant donné que les bâtiments sont responsables de 40% des énergies consommées en Europe, il devient naturel de chercher des économies dans la modernisation thermique à un fort potentiel pour réaliser des économies environnementales et financières.

Les évolutions des villes en difficulté — les smart cities

Les intervenants français ont souligné que la Pologne pouvait profiter largement — dans le processus de transition — des expériences françaises dans le domaine de l’aménagement des villes postindustrielles. Jean-Marie Bockel, président de l’agglomération Mulhouse, a parlé des changements qu’il avait mis en place 30 ans plus tôt lorsqu’il était maire de cette ville, autrefois minière et industrielle. Suite à une grande restructuration des entreprises lancée pour répondre à une crise profonde, Mulhouse disposait de vastes zones de friches industrielles dont 80% étaient pollués. Un plan d’actions complexe, orienté vers la création d’une smart city, et couvrant l’ensemble de la ville, a permis de faire changer son caractère, d’améliorer la qualité de vie à ses habitants et d’assurer un développement de la ville dans un nouveau contexte. Les autorités des villes françaises ont décidé aussi de rétablir les tramway auxquels elles avaient renoncé un demi-siècle plus tôt suite au développement rapide du transport automobile. Les changements étaient réalisés en alliance avec les entreprises et avec les citoyens qui s’engageaient activement dans la mise en œuvre des réformes, telles que la gestion des déchets ou les transports.

Le débat a démontré qu’entre les grandes agglomérations — comme Varsovie et Paris — il existait de nombreuses similitudes concernant la qualité de l’air, la valorisation des déchets et les solutions mises en place dans le domaine des transports. Les deux capitales développent un système innovant de véhicules citadins : des vélos à Varsovie et des voitures électriques à Paris, ce qui a déjà abouti à une amélioration de la qualité de l’air. Ces démarches s’appuient sur des technologies modernes qui ont été présentées par Gervais Pellissier, vice-président de Orange pour l’Europe. Le développement des infrastructures téléinformatiques et des outils conçus pour collecter et analyser les données, réalisé ensemble avec les collectivités locales, donne lieu à des solutions optimisant la circulation pédestre et les transports en commun. Les éléments numériques aident les municipalités à fonctionner et à réagir correctement face aux crises, telles que : épidémies (par ex. grippe aviaire) ou attentats terroristes, inconnus auparavant et très redoutables. L’application de solutions basées sur les analyses de données, par exemple l’accès au réseau de télécommunications, permet d’offrir des services très variés : les villes peuvent gérer le trafic, et les citoyens ont accès aux bases de données municipales où ils trouvent des informations sur les entreprises locales.

Un élément important qui caractérise les villes intelligentes est la solidarité entre le noyau et les zones suburbaines où habitent les utilisateurs des villes. Les technologies smart font parfaitement leurs preuves lorsqu’il faut organiser les transports en commun connectés au système de parkings dans les banlieues. Ces solutions permettent à des centaines de milliers, voire à des millions de gens de se déplacer sans problème entre leur domicile et le lieu de travail, d’économiser le temps et les ressources naturelles. A l’heure actuelle, ce sont les projets basés sur l’idée de partage qui connaissent un développement dynamique. Les foires d’échange de biens et de services ont vu le jour grâce aux technologies numériques, efficaces notamment dans les transports et l’habitat. Les solutions automatiques les plus innovantes permettent aussi de lutter contre la pollution de l’air. Très prochainement, Varsovie mettra en œuvre un « index de l’air », connu déjà en France, conçu pour mesurer automatiquement la teneur en substances nuisibles. En cas d’irrégularités, des arroseuses seront envoyées automatiquement pour arroser les rues, en améliorant considérablement la qualité de l’air. Les solutions intelligentes sont un remède excellent pour les villes, surtout les plus grandes, regroupant une multitude de services et d’infrastructures sur une surface relativement restreinte. L’utilisation de ces technologies permet d’améliorer systématiquement le confort de vie des habitants et le niveau des services offerts, et de lutter contre une croissance excessive de leurs coûts, déjà élevés dans les agglomérations.

Premièrement, deuxièmement, et troisièmement : l’éducation

La poursuite de démarches éducatives, tellement importantes pour les progrès, était indiquée à plusieurs reprises comme l’un des enjeux incontournables. Il est bien de mettre en valeur à cette occasion les effets des démarches éducatives lancées pour promouvoir la protection de l’environnement, les nouvelles pratiques dans les milieux d’affaires et les changements de comportements des citoyens et des consommateurs. Les plus jeunes adultes, la génération Millennials, formulent leurs attentes à l’égard des politiciens et du business de façon complètement différente que les générations précédentes. Ils cherchent à responsabiliser davantage les décideurs, notamment dans le domaine de l’environnement. Après des années de campagnes éducatives lancées pour promouvoir le tri des ordures, la gestion raisonnable des ressources et la nourriture bonne pour la santé, une première génération vraiment écologique a vu le jour.

Pendant le débat concernant la naissance d’un nouveau type de consommateur qui prend soin de l’environnement au quotidien, Jan Krzysztof Bielecki, ex-premier ministre polonais, soulignait que cette approche faisait apparaître des enjeux toujours nouveaux. Il a cité comme exemple la nécessité d’assurer une éducation sur le développement de projets écologiques, si convoités par les jeunes, tels que énergies renouvelables qu’ils considèrent comme la meilleure et la plus pure source de l’énergie. En fait, les Millennials ne se rendent pas compte que ces technologies coûtent toujours plus cher que l’énergie traditionnelle, et qu’elles se développent notamment grâce aux systèmes de subventions, inconnus aux consommateurs moyens. Cet exemple montre que même si le Fonds national pour la protection de l’environnement a dépensé, au cours de 25 dernières années, plus de 600 millions de zlotys pour l’éducation environnementale, de nouveaux besoins éducatifs ne cessent d’apparaître. Sans les satisfaire, il sera difficile d’arriver à un accord entre les décideurs politiques et le business d’une part, et les consommateurs qui représenteront plus que la moitié de la population active d’ici quelques années d’autre part.

Les consommateurs français et polonais se déclarent prêts à prendre des décisions favorables à l’environnement lorsqu’ils font leurs courses de tous les jours, a remarqué Jérôme Bedier, vice-président et secrétaire général du groupe Carrefour. Cette tendance est désormais irréversible. Les démarches prises peuvent aboutir à un succès à condition que toutes les parties prenantes coopèrent étroitement : les entités publiques et privées, les consommateurs et les entrepreneurs. Ces derniers sont particulièrement bien placés pour devenir l’avant-garde des changements. L’économie circulaire, appliquée par Carrefour en France, en est un exemple : les déchets organiques sont transformées en méthane utilisé ensuite comme combustible dans les camions d’approvisionnement.

Les débats menés dans le cadre des Entretiens de Varsovie se sont orientés aussi, à plusieurs reprises, vers les attentats terroristes perpétrés récemment à Paris qui ont fait des centaines de victimes. Les conséquences de ces actes barbares commis par les radicaux ont été le plus largement débattues par Jérôme Chartier, député français et vice-président des Entretiens. En parlant des événements tragiques, il a assuré que les terroristes ne parviendraient jamais à leur objectif qui est de changer le mode de vie des Européens. Pour s’opposer aux actes de violence, soulignait Monsieur Chartier, les leaders européens doivent coopérer ensemble. Il trouve, que quelle que soit la problématique : énergie, protection du climat, ou lutte contre le terrorisme, la vraie clé de succès réside dans une coopération raisonnable et dans la solidarité entre les États et entre les citoyens.

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